Napoléon et l’art de la guerre Réponse

« Napoléon a réinventé l’art de la guerre . »


Ses conquêtes et ses victoires font de Napoléon un conquérant sans pareil.

Un modèle aussi dont on enseignait les manœuvres dans les écoles de guerre jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Aurait-il réinventé l’art militaire ?


Napoléon_guerrierGénéral de la Révolution, Napoléon a tiré parti des modifications survenues dans l’art de la guerre à partir de 1792, qu’il s’agisse du recrutement et de l’organisation des armées (la conscription remplaça le volontariat, créant ainsi une armée nationale), de leurs marches et manœuvres, de la combinaison des armes (infanterie, cavalerie, artillerie). Il n’inventa pas à proprement parler une stratégie nouvelle. C’est par l’étude, la réflexion et la synthèse qu’il devint un des grands capitaines de l’histoire. Jeune, il avait découvert le fondement de sa stratégie dans les commentaires de Guibert sur les campagnes de Frédéric le Grand : la guerre est mouvement, elle se gagne avec les jambes des soldats, pour surprendre l’ennemi, pour le poursuivre lorsqu’il est battu, pour se mettre en sécurité en cas de besoin.

 S’il est très difficile de dire ce qui est original dans la stratégie napoléonienne, il est patent qu’on ne fit plus la guerre après lui comme on la faisait avant.

Premier élément, l’époque napoléonienne fut celle de l’entrée en conflit des idéologies : pour simplifier, on se battait pour les « idées nouvelles » contre l’« Ancien Régime ». Même si Napoléon, lui-même, pragmatique, pensait la diplomatie sur un mode plus traditionnel qu’idéologique, cette conception de la guerre s’imposa peu à peu. À la fin de « l’épopée », ça n’étaient plus les monarques qui, comme jadis, se faisaient la guerre mais des nations qui s’affrontaient : la bataille de Leipzig, perdue par Napoléon en 1813, fut d’ailleurs baptisée « la bataille des Nations ». En conséquence, l’époque napoléonienne vit apparaître les « masses » (remplaçant les mercenaires) sur le champ de bataille, ce qui entraîna la mise au point d’un commandement et d’une logistique adaptée. Les effectifs furent plus nombreux que par le passé et sans cesse en hausse : on estime à environ deux millions le nombre d’hommes qui servirent dans les armées napoléoniennes. Il fallait les habiller, les nourrir (le pillage remédiait aux insuffisances de l’intendance), les commander, les faire marcher de concert vers un objectif commun, éventuellement les soigner en cas de blessure ou de maladie.

 Sans vraiment se soucier de satisfaire les besoins élémentaires des troupes, Napoléon fut un meneur d’hommes hors pair, sachant jouer des cordes sensibles du soldat qui le considérait comme un des siens, son « petit caporal ». Avec ses proclamations, ses bulletins et jusqu’à son comportement personnel (tirant l’oreille, décorant les braves sur le lieu de leurs exploits, etc.), il mit au point une « communication interne » aux armées sans équivalent jusqu’alors. Surtout, il eut à sa disposition une génération de guerriers. Ces Français-là combattaient depuis 1792. Aucune troupe au monde n’avait leur expérience. Aucune ne disposait de tels officiers supérieurs, ce qu’ont mis en valeur les travaux de Jean-Paul Bertaud. L’outil militaire dont disposait l’Empereur (en particulier l’artillerie du système dit « Gribeauval », du nom de son inventeur, beaucoup plus moderne que ses homologues européens) était le meilleur de son temps. Malgré quelques imperfections, on peut dire que la « Grande Armée » fut bien organisée et encadrée, au regard de ce qui se passait chez les autres belligérants.

 Deuxième changement, depuis la Révolution et plus encore avec Napoléon, le siège cessa définitivement d’être le but suprême d’une campagne. On se rappelle avec quel apparat Louis XIV se transportait au milieu de ses armées assiégeant telle ou telle grande place, assistait aux assauts, présidait aux bombardements, parfois durant de longs mois. Pour Napoléon, un siège, c’était du temps perdu, même s’il « assiégea », ou fit lui-même assiéger (Dantzig, Ratisbonne, etc.). L’homme était pressé, souvent en infériorité numérique et ne pouvait se permettre de laisser ses adversaires regrouper leurs forces. C’est donc la bataille qu’il recherchait, le plus vite possible, afin de détruire une armée ennemie pour passer à la suivante. Le système stratégique napoléonien fut essentiellement offensif et se fonda sur la vitesse, qu’il s’agisse des déplacements des troupes ou de l’exécution des manœuvres proprement dites. La campagne de 1805 en fut un bel exemple : l’armée, partie de Boulogne, traversa la France, battit une première armée autrichienne, occupa Vienne qui se déclare ville ouverte (donc pas de siège) et écrasa dans un second temps une armée austro-russe à Austerlitz.

 Sur le fondement de cette stratégie, on ne peut parler d’une tactique unique de Napoléon sur un champ de bataille. Il n’avait pas d’idées préconçues et prenait ses décisions en fonction de la position des troupes adverses. Il tenta de déduire les intentions de son ennemi ou le trompa sur les siennes, avant de choisir l’endroit du théâtre où se ferait la décision. Dans une même bataille, loin d’évoluer à partir d’un schéma préétabli, il lui arriva de changer d’avis, de modifier sa marche : il savait s’adapter. Mais lorsqu’il avait choisi de frapper, il le faisait avec rapidité et violence. Il concentrait le plus de moyens possibles sur ce qu’il avait défini comme le point décisif de son attaque. Dès 1797, Bonaparte écrivait : « L’art de la guerre consiste, avec une armée inférieure, à avoir toujours plus de forces que son ennemi sur le point que l’on attaque, ou sur le point qui est attaqué. »

 Il ajouta plus tard sa définition de la guerre, mille fois reprise : « L’art de la guerre est un art simple et tout d’exécution. Tout y est bon sens, rien n’y est idéologie ».


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