Essai sur les données immédiates de la conscience Réponse

Henri BERGSON (1859-1941)

La philosophie morale du héros

BergsonSa vie fut une réussite professionnelle et sociale, et son œuvre eut un succès considérable dans la première moitié du XXème siècle.
Sa philosophie de l’élan vital est positive.

1. La vie et l’œuvre

Né à Paris en 1859 Henri Louis Bergson est le fils du pianiste et compositeur polonais Michael Bergson (1820-1898), qui avec ses frères Jacob et Leopold, prit le nom de Bergson (ou Berkson, son of Ber(ek)) à partir du nom de leur père Ber ou Berek Zbitkower ou Sonnenberg, un « personnage considérable » de la communauté juive de Varsovie, issu d’une famille de financiers. Sa mère, Katherine Levinson, est de nationalité anglaise.

Henri Bergson fait de brillantes études secondaires au lycée Condorcet et entre à l’École Normale Supérieure en 1878. Agrégé de philosophie en 1881, docteur ès lettres en 1889, il est successivement professeur de philosophie aux lycées d’Angers, de Clermont-Ferrand, Louis-le-Grand et Henri IV à Paris. En 1898 il est Maître de Conférences à Normale-Sup. puis Professeur au Collège de France de 1900 à 1921.

Il entre à l’Académie des Sciences morales et politiques en 1901, à l’Académie française en 1914. Il est Prix Nobel de Littérature en 1928.

Ses principaux ouvrages sont :

Essai sur les données immédiates de la conscience, thèse principale, 1889, PUF, Quadrige n°31, 3ème éd., Paris, 1988 ;
Matière et mémoire, 1896, PUF, Quadrige n°29, 3ème éd., Paris, 1990 ;
Le Rire : essai sur la signification du comique, 1900, PUF, Quadrige n°11, 5ème éd., Paris, 1989 ;
L’Évolution créatrice, 1907, PUF, Quadrige n°8, 4ème éd., Paris, 1989 ;
L’Énergie spirituelle, 1919, PUF, Quadrige n°36, 3ème éd., Paris, 1990 ;
Les Deux sources de la morale et de la religion, 1932, PUF, Quadrige n°34, Paris, 3ème éd., 1988 ;
La Pensée et le mouvant, 1934, PUF, Quadrige n°78, 3ème éd., Paris, 1990.

Les œuvres complètes de Bergson ont été publiées par les Presses Universitaires de France, Paris, en plusieurs volumes : Œuvres, PUF, Paris, 1959, 1984 ; Mélanges, PUF, Paris, 1972 ; Cours, PUF, Paris, 1992 ; Correspondances, PUF, Paris, 2002.

2. La philosophie de l’élan vital

Contre Kant et Spencer (1.), pour une métaphysique de l’absolu (2.) qui soit une intuition du vital (3.), le vital qui est liberté (4.), Bergson pense que l’Histoire est l’œuvre de l’élan vital des héros et des mystiques (5.).

2.1. Contre Kant et Spencer

Bergson s’oppose à Emmanuel Kant (1724-1804) en tant que Kant refuse le réel en Soi pour le réel pour Soi.
A l’époque du développement de la biologie et de la science historique Bergson conteste que le réel ne puisse être saisi du dedans, immédiatement et absolument, et non, comme l’affirme Kant, du dehors, non immédiatement et successivement, médiatisé par la Raison.

Bergson s’oppose également au matérialisme scientifique, au travers de l’évolutionnisme de Herbert Spencer (1820-1903).
L’évolutionnisme de Spencer ne perçoit la durée que par le temps alors qu’il faut distinguer le temps de la conscience, c’est à dire la durée concrètement vécue, du temps de la science, qui symbolise la durée en formules numériques ou en graphiques.
Le temps de la science est appréhendé à travers une mesure spatiale qui décompose des unités égales (secondes, minutes, heures) et fonde une multiplicité numérique.
Le temps de la conscience, la durée, s’obtient, lui, en dissociant le temps de la science, le temps quantitatif, du temps vécu et senti qui lui est associé et qu’il dissimule. Cette dissociation se fait par perception immédiate – pour Bergson la durée est « donnée immédiate ».

2.2. Pour une métaphysique de l’absolu

L’immédiat est perçu, et non pas senti affectivement.
L’immédiat est simplicité et totalité. Il est simplicité d’une réalité concrète irréductible et totalité d’une perception globale. La durée « toute entière », où le passé, le présent et l’avenir, sont Un, est simple et totale.
La durée est absolue.
L’absolu c’est la perfection de l’être, c’est l’être dans son intimité, dans sa réalité. Or le cœur du réel c’est la durée, c’est le temps de la conscience. Le temps de la science n’est pas réel.
Seule une métaphysique de l’absolu peut révéler la réalité par l’intuition du vital.

2.3. L’intuition du vital

L’intuition, qui est « la vision directe de l’Esprit sur l’Esprit », qui est « conscience immédiate », nous permet de dépasser notre vie intérieure et s’étend à l’Univers tout entier.
L’intuition nous permet de transcender l’individu et se fait métaphysique de la vie : »Si la vie est une évolution et si la durée est ici une réalité, n’y a-t-il pas aussi une intuition du vital et, par conséquent, une métaphysique de la vie ? »

La vie se comporte comme un individu qui parcourt le cycle : naissance, croissance, sénescence, mort, renaissance.
Le temps de la conscience est le registre de toute forme vivante et l’évolution est la courbe orientée qui est faite de créations successives et irréversibles.

Le moteur de l’évolution c’est l’élan vital en tant que poussée créatrice avec ses créations que sont, notamment, les espèces vivantes qui obéissent chacune à une formule d’organisation particulière.
L’élan vital est une tendance simple qui fait du complexe par deux voies : l’instinct et l’intelligence, la matière étant perçue par Bergson comme un obstacle à l’élan ou, même, une immobilisation de celui-ci.
L’évolution est ouverte car le vital est liberté.

2.4. Le vital est liberté

Bergson s’oppose au finalisme, à la prédestination, car, pour lui, la durée est créatrice, l’évolution est donc libre, les moyens ne sont pas conditionnés à une fin, à un but qui serait prédéterminé.
Mais Bergson s’oppose également à l’évolutionnisme darwinien dans lequel il voit une théorie mécaniste qui ne saurait expliquer la totalité du phénomène de la vie. Selon Bergson l’association de petites variations apparues au cours des âges n’a pu donner les organes et les espèces complexes que nous connaissons.
Pour Bergson création et durée sont liées à l’imprévisibilité de la marche en avant de l’élan vital, la force spirituelle qui a placé l’être humain au sommet de l’évolution.

Pour Bergson l’être humain est libre, la liberté créatrice est un fait.
Si l’on admet que l’acte libre est celui qui « répond à l’ensemble de nos sentiments, de nos pensées et de nos aspirations les plus intimes », il est celui dans lequel je suis tout entier moi-même : « Nous sommes libres quand nos actes émanent de notre personnalité entière, quand il l’expriment, quand ils ont avec elles cette indéfinissable ressemblance qu’on trouve parfois entre l’oeuvre et l’artiste. »
Mais l’acte libre véritable est rare, car l’être humain est davantage le spectateur que l’artisan de sa vie.

Si l’Histoire est quand même un acte libre c’est que l’Histoire est l’œuvre de l’élan vital des héros et des mystiques.

2.5. L’histoire est l’œuvre de l’élan vital des héros et des mystiques

Ce sont les héros et les mystiques qui, au-delà du statique, la morale et la religion en tant que structures fermées, d’immobilisation, construisent le futur.
On doit distinguer deux morales et deux religions, la « close » et la « statique », l’ « ouverte » et la « dynamique ».
La morale « close » est celle qui est faite, comme chez Kant, d’obligations et d’interdits qui expriment la pression de la Société.
La religion « statique », selon Bergson, serait la religion primitive qui développe une « fonction fabulatrice » pour neutraliser l’action de l’intelligence, dangereuse pour la cohésion sociale.
La morale « ouverte » est celle du héros et du saint mystique qui prêchent l’amour de l’Humanité et la religion « dynamique » est celle qui a pour vocation de canaliser le mysticisme qui soulève l’Humanité au-dessus d’elle-même.
La religion « dynamique » est un puissant facteur de progrès moral et humain. Elle est l’œuvre d’individus d’exception, les hommes providentiels qui sont réellement libres et qui, par l’élan vital, revitalisent l’Humanité.

En définitive l’histoire événementielle est l’œuvre de l’élan vital, la construction progressive d’hommes qui ont du réel une perception intuitive, immédiate, transcendantale, qui leur permet la connaissance de l’absolu, de la durée, donc de Dieu.

Source : http://www.denistouret.fr/ideologues/Bergson.html


 Œuvre au programme :

Essai sur les données immédiates de la consciEssai-Chap IIence, chapitre II: « De la multiplicité des états de conscience : l’idée de durée ». (1888)

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