Le Temps chez Bergson Réponse

« Seul le moi éprouve le temps dont l’essence est la durée. »

Le temps réel est-il celui des scientifiques ou, comme le pense Bergson, celui de notre conscience, qui s’écoule dans la durée ? Ce ne sont plus alors les instants qui font le temps, mais un flux sans trêve d’impressions. Il devient l’étoffe de notre vie psychique et notre aperception lui donne sa véritable dimension.

La façon la plus classique de concevoir le temps est de l’imaginer mesuré, chronologique, objectif, physique, spatial, homogène et universel. Lorsqu’on l’évoque, il nous vient spontanément à l’esprit : l’heure, parce que la science nous a enseigné que l’espace existe et que le temps est physiquement mesurable et quantifiable. Pour Bergson, ce temps découpé en moments distincts (passé-présent-futur) est artificiel et ne reflète pas notre réalité qui est expérience de la durée.
Le temps vécu (celui de la conscience) est-il de même nature que le temps mesuré ? Pour répondre à ces questions, Bergson se prête à l’expérience de « l’horloge ». Elle lui révèle que nous confondons temps et espace en considérant l’espace comme un équivalent de temps : « Quand je suis des yeux, sur le cadran de l’horloge, le mouvement de l’aiguille qui correspond aux oscillations du pendule, je ne mesure pas de la durée, comme on paraît le croire ; je me borne à compter des simultanéités (…) En dehors de moi, dans l’espace, il n’y a jamais qu’une position unique de l’aiguille et du pendule, car des positions passées il ne reste rien »(1). En mesurant du temps physique, nous ne mesurons en fait que de l’espace ! Compter soixante secondes, c’est juste remplacer à soixante reprises une oscillation par une autre, dans de l’espace. Ces juxtapositions de positions n’ont aucun lien entre elles, n’indiquent que de l’instant, du présent : elles n’ont ni épaisseur, ni durée. Cette impression de « durée » que nous ressentons dans l’intervalle de ces oscillations provient, dans notre conscience, de notre moi puisque nous trouvons quelquefois que le temps passe trop vite, ou qu’il s’écoule trop lentement. Et cependant nous pouvons dire avec la même facilité que tel monument se situe à trois cents mètres ou qu’il se trouve à cinq minutes. Le temps objectif (physique) suggère qu’ « une variation dans l’écoulement du temps n’affecterait pas la mesure de l’horloge, car l’horloge qui mesure est elle-même dans le temps ».
Imaginons que le temps s’accélère, qu’il s’écoule plus vite. Filmons un coureur et une horloge. Accélérons l’image : le coureur va plus vite et l’aiguille de l’horloge aussi, à la même cadence. Le nombre de simultanéités reste exactement le même. Visiblement, rien n’a changé dans la mesure objective. Le Temps métaphysique (subjectif) indique au contraire qu’« une variation dans l’écoulement du Temps, une accélération du Temps ou un ralentissement pourrait être éprouvé par la conscience » (ici par le coureur). L’ambition de Bergson est de démontrer que si la science peut révéler une exactitude mathématique, elle ne peut pas qualifier le temps réel. Le temps des scientifiques est un temps fictif, abstrait, homogène, vide. Le temps réel est le temps vécu, la durée pure.
Ma vie a une durée et une épaisseur, elle est chargée des qualités qui me sont propres (vécu, mémoire, ambition). Cette durée, dit Bergson, « on la sent, on la vit.(…) Le moi est le flux de cette conscience. Gonflée de passé, elle dure au présent et se projette dans l’avenir. Elle ne connaît pas de rupture, elle est mouvante, fluide, indivisible. Son rythme est incompressible pour la conscience humaine »(2).
La durée vécue par la conscience advient par l’interpénétration des instants dans une unité interne. Il s’agit d’une solidarité organique et non d’une composition d’éléments extrinsèques. Il n’y a durée que par la persistance, la continuité dans l’unité indivisible du moi. Elle est la manifestation de la conscience comme réalité en devenir.
Quand la science n’est pas un artifice pratique, elle devient métaphysique. Or la métaphysique est, pour Bergson, l’expérience intégrale.

1 – Les données immédiates de la conscience, Henri Bergson, 1888.

2 – Matière et mémoire, Henri Bergson, 1939.

Adjudant-chef Sylvaine Thébault, rédactrice au CESA (réserviste)

  Source : http://www.cesa.air.defense.gouv.fr

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